| Accueil | Mon Compte | Recherche Avancée | Saisissez votre cv |
|
Actualité et conseils |
Recherchez un cv |
Diffusez vos offres
|
L’épisode au cours duquel M. ABS* découvre ce que signifie avoir une agréable secrétaire et… être ignoré par ses anciens collègues.
La première chose qui m’a frappé en travaillant côté buy-side, c’est que les « PA » (personal assistants, ou encore assistantes de direction) sont bien plus utiles qu’elles ne le sont dans les banques.
Désolé, si vous vous attendiez à une analyse approfondie des différences conceptuelles entre banques et fonds d'investissement ou à des commentaires déplacés sur l’apparence physique des assistantes de direction, c’est raté. Bon, si vous y tenez vraiment : oui, la plupart d’entre elles sont assez canon !
Je ne suis pas certain que mes nouveaux employeurs, pour lesquels je travaille en tant que contractuel, sachent vraiment apprécier la chance qu’ils ont d’être servis avec un tel dévouement par leurs secrétaires. En plus de leur charmante silhouette et de leur totale maîtrise de Microsoft Word, la plupart d’entre elles sont toujours prêtes à apporter le thé et le café, à livrer les déjeuners commandés à l’extérieur, et à s’occuper de payer la congestion charge** et autres factures personnelles et de réserver les voyages. Et ceci, quelle que soit la séniorité des collaborateurs.
La banque d’affaires ne m’avait pas habitué à un tel service. Dans mon ancienne vie, les secrétaires pouvaient même se montrer castratrices envers quelqu’un qui aurait eu l’audace de leur demander autre chose que de réserver une salle de réunions ou un voyage d’affaires. À la suite d’une chirurgie esthétique du visage un peu « cheap », l’une d’entre elles s’était fait attribuer le sobriquet « Steven Seagal ». Il fallait peut-être y voir là un mécanisme de défense particulièrement élaboré, qui devait l’aider à survivre dans cet univers macho voire carrément agressif ?
Dans mon nouvel environnement, j’ai pour l’instant résisté au besoin de faire appel aux assistantes de direction, et comme je ne partirai pas en vacances cette année, je n’aurai pas besoin d’elles pour faire les réservations.
Même s’il est plus probable que ma famille et moi passions cet été à barboter au bord de la Tamise que dans la mer des Caraïbes, je dois avouer que je commence à apprécier ma chance. Mes nouveaux employeurs sont inondés de CV de banquiers talentueux qui, après avoir été remerciés par leur maison, n’attendent qu’une chose : retourner le plus vite possible dans le salariat. Je dois un grand merci à Pammy, la call-girl de Southampton. Et puis ce qui m’a aussi aidé, ce sont les bonnes relations que j’entretenais avec les gars du nouveau boulot, que je connaissais avant cette fameuse nuit.
L’homme invisible
Parmi mes anciens collègues, je ne suis resté quasiment en contact qu’avec ceux qui, soit, sont partis faire autre chose avant la crise des liquidités, soit qui ont perdu leur travail à cause du credit crunch. Aucun de ceux qui sont restés dans la banque n’a eu envie de me contacter. Il y a quelques semaines, ma femme m’a dit qu’elle trouvait bizarre que cet ancien collègue dont je semblais proche et qui habitait à deux pâtés de maisons n’ait pas cherché à nous contacter depuis un moment. À l’époque où tout allait bien, il était même passé dîner quelque fois à la maison. La remarque de mon épouse m’a incité à lui envoyer un e-mail pour lui indiquer mon – nouveau – numéro de BlackBerry. J’ai aussitôt reçu un message qui disait littéralement : « Cool, thanks. » Depuis, c’est silence radio.
À trois reprises, je suis tombé par hasard sur d’anciens collègues dans la rue. Ils étaient toujours employés et savaient ce qui m’était arrivé, mais aucun d’eux ne s’est manifestement senti capable de m’apporter quelque réconfort que ce soit. Peut-être sont-ils inquiets que le couperet leur tombe à leur tour sur la tête, et ce, à tel point qu’ils ne sont plus en mesure de réfléchir en dehors de leur petit monde et de leurs problèmes immédiats.
En même temps, je suis prêt à admettre que les quelques émissions de Trisha et Jeremy Kyle [l’équivalent anglais de Ça se discute, en pire] – que j’ai regardées oisivement sur le canapé – m’ont rendu un peu trop analytique à l’égard du comportement d’autrui. En tout cas, j’ai décidé de me remuer et de regarder les choses du bon côté : après tout, j’ai un écran Bloomberg et un étage rempli de secrétaires aux petits soins. La vie me sourit à nouveau…
* Asset-Backed Security : dans le cadre d'opérations de titrisation, titres émis par le véhicule ad hoc afin de lui permettre d'acheter des actifs, comme des stocks ou des créances clients, auxquels ils sont donc adossés.
** Congestion charge : le péage instauré à Londres de £8 (12 €) par jour pour conduire ou stationner un véhicule dans les rues du centre de la ville.
